Pourquoi construire une identité numérique au sein d’un établissement scolaire?

La gestion de l’identité numérique au sein d’un établissement scolaire est devenue incontournable pour l’autonomie des établissements publics. Il incombe au chef d’établissement de donner une direction à son organisation, faire partager une vision et s’assurer finalement que les résultats des objectifs attendus sont atteints. Néanmoins, comme le souligne le livre Le nouveau défi de l’enseignement scolaire à l’ère du numérique (Leblond, Moracchini, Pierrat), « les valeurs partagées, les compétences, connaissances et savoir-faire, donnent une coloration particulière à chaque établissement et sont constitutives de son identité institutionnelle propre. A ceci près que la question ne se pose jamais  en termes d’identité numérique… ». Or, c’est parce qu’elle articule l’ensemble des éléments qui structurent un collectif que l’identité numérique permet l’identification d’une institution ou d’un groupe. Elle agit comme un mode de repérage des membres entre eux. Cette identité numérique s’inscrit donc dans un espace social, mais, il faut être conscient qu’elle ne nous appartient jamais totalement et ses traces survivent longtemps après.

Par ailleurs, il faut admettre qu’il existe depuis longtemps une identité institutionnelle de l’école qui imprègne plus ou moins fortement l’identité de l’élève mais aussi celle des professeurs. Cette impression d’appartenir à une communauté (ce qui est typique des réseaux sociaux) a toujours existé, ne serait-ce qu’avec les associations ou réunions d’anciens élèves !

Construire une identité numérique pour l’établissement scolaire est donc une étape nécessaire et tous les acteurs de l’établissement doivent prendre conscience de l’importance d’apprendre à maîtriser son image mais aussi de participer activement à sa construction. Il faut de fait, résoudre ce paradoxe de vouloir à tout prix former les élèves à la gestion de leur identité numérique si l’on ne se soucie pas un instant de celle dans laquelle chacun évolue au quotidien dans son cadre de travail.

Visite à la Médiathèque du Bois Fleuri

Le mardi 26 février 2013, les étudiantes du master DSI, dans le cadre de l’option littérature jeunesse, ont effectué une visite à la médiathèque Bois Fleuri à Lormont. Durant la matinée de cette visite, deux professionnels, Fabienne Aguiriano et Fabrice Casareggio, ont présenté le fonctionnement général et les activités de la bibliothèque ainsi que les propositions qui sont faites autour du numérique. Puis, Fabienne Aguiriano, responsable du secteur jeunesse, a guidé les étudiantes dans le fonds jeunesse de la médiathèque.

Pour la politique d’acquisition du fonds jeunesse, la bibliothécaire se base sur les blogs, sur les revues Citrouille, Livres hebdo, Revue des livres pour enfants, sur les nouveautés des librairies (offices).
Pour le secteur jeunesse, la notion d’âge n’est pas considérée comme une catégorie prioritaire. On valorise plutôt les goûts et les centres d’intérêt de l’enfant. En ce qui concerne le classement du fonds jeunesse, ce n’est pas celui qu’on attendrait habituellement, basé sur des cotes complexes. En effet, si les grandes classes de la classification Dewey ont été gardées (voir photo), elles ont été adaptées par un langage plus compréhensible aux enfants (des verbes à l’infinitif). Ainsi, les bibliothécaires, par ce système simple, ont voulu favoriser l’autonomie des enfants.

007

D’autres initiatives pour le secteur jeunesse ont été mises en place:

-pour des thématiques souvent demandées (loups, princesses, pirates, chevaliers, sorcières,…), alors que le classement alphabétique les disperse dans le fonds, des images en rapport avec le thème sont affichées sur les bacs. Ainsi, l’enfant s’approprie d’avantage le lieu et là aussi, l’autonomie et le sens de l’observation sont encouragés.
-pour quelques albums qui traitent de thèmes particuliers ou de sujets sensibles tels que la maladie d’Alzheimer ou la mort par exemple, un logo a été crée et apposé sur chaque livre « A lire avec un adulte ». Et ces livres sont rangés ensemble dans le bac « Albums pour plus grands ». Il y a alors une forme de prévention de la part des bibliothécaires.
-le système de rangement pour la petite enfance s’appuie aussi sur sept thématiques, dont chacune a son propre logo, apposé sur chaque livre : « Séries des tout-petits, livres-surprises, éveil et apprentissages, ton environnement, vivre ensemble, vie quotidienne et loisirs, et imaginaire ». Proche des tout-petits, ce système facilite le rangement d’une part, et la recherche d’autre part. C’est ainsi que la médiathèque part des besoins des enfants tout en s’adaptant.

De plus, il existe des bandes dessinées adaptées pour les plus jeunes où l’on peut voir seulement des images. A côté des albums et des bandes dessinées, on trouve des périodiques qui s’articulent autour de plusieurs thématiques : bricolages, lecture, premiers documentaires scientifiques et connaissance du monde. Ces périodiques s’adressent principalement aux enfants de la maternelle à la sixième.

Un ipad est également mis à la disposition du public avec un large choix d’applications allant de la lecture d’histoires et de contes, à des notions de premiers apprentissages ou des documentaires et des jeux. Depuis peu, une heure du conte numérique est proposée « iStoires », en prolongement du livre et adaptée en fonction de l’âge des enfants.

009

010

La disposition du fonds jeunesse est conçue par rapport à l’évolution de l’enfant : en effet, on trouve d’abord la petite enfance et les berceuses et comptines, les albums, les bandes dessinées pour les plus jeunes, les périodiques, les premiers documentaires et les documentaires. On continue ensuite sur les premiers contes et les contes, les premières lectures et les romans, la poésie et le théâtre et enfin les romans pour adolescents qui peuvent aussi se lire à l’âge adulte, la presse pour les adolescents et adultes. Il y a alors une progression du savoir. La signalétique est bien distincte : par exemple, lorsqu’on voit une vignette rouge, on va trouver un livre accompagné d’un CD et lorsqu’on trouve une cote grisée, cela signifie que le livre est adapté à la fois pour les adolescents et pour les adultes.

013

Par ailleurs, des projets ont été menés pour favoriser la lecture :
Pour la petite enfance, en lien avec des structures petite enfance de la ville (Crèche familiale et RAM), un comité de lecture « Lireli Lirela » a été mis en place. Concernant les établissements scolaires, il existe aussi un comité de lecture pour les cycles 1 et 2 et le prix de lecture Bois Fleuri avec deux catégories (Graine de lecteur : 8/10 ans et Lecteur en herbe : 10/12 ans). Pour les adolescents, un Club des adolescents appelé « les R’Ado’teurs » a été constitué. Ce club permet aux adolescents de pouvoir écrire des critiques sur les ouvrages qu’ils lisent.

014

En conclusion, nous pouvons dire que le secteur jeunesse de la médiathèque Bois Fleuri a beaucoup de succès : en 2012, 35000 prêts y ont été effectués. La médiathèque offre un grand espace clair, ouvert aux usagers, adapté aux enfants. Le travail de médiation des professionnels est fondamental : l’agencement des ouvrages dans l’espace, les activités avec les enfants, les coups de cœur par exemple donnent envie de lire. Avec les I-pads, la lecture s’enrichit de nouvelles propositions.

@amelina_de

Référence complémentaire sur la médiation en bibliothèque :

La médiation: concept-clé ou mot-valise

Usages pédagogiques de la tablette

Comme nous l’avions vu dans un précédent article, les nouvelles technologies investissent massivement les salles de classes. En effet, de plus en plus d’établissements scolaires sont désormais équipés de tableaux numériques interactifs, d’ordinateurs portables, de tablettes numériques… Cette utilisation du numérique pour éduquer pose de multiples questions que ce soit pour les enseignants mais aussi pour les parents souvent perplexes quant à l’utilité de ces nouvelles méthodes.

L’année dernière, la médiathèque du Bois Fleuri (Lormont, 33) a tenté l’expérience avec le collège Montaigne afin de créer un lien entre lecture, nouvelles technologies et éducation dans le cadre du réseau ECLAIR. Fabrice Casareggio (responsable multimédia), deux professeurs des écoles et un professeur de français ont donc travaillé  dans un but commun : remédier aux difficultés de lecture rencontrées chez les jeunes et ainsi leur donner l’envie de lire en surmontant le plus possible les problèmes de compréhension. Cette expérience innovante montre l’importance des collaborations, encore trop peu existantes, entre des structures culturelles telles que les bibliothèques de lectures publiques et les établissements scolaires du second degré. Pour cela, une dizaine d’élèves de 6ème ont passé une semaine au sein de la médiathèque. Ils ont ainsi pu découvrir la lecture à travers divers ateliers : revue de presse à partir de quotidiens papier, atelier audio book qui a permis d’avoir une lecture soutenue pendant 45 min à partir d’un cd audio et de son support livre, atelier découverte livres d’artistes, ateliers  pratique comment choisir un livre, atelier sur les mangas, et des ateliers numériques sur tablettes ipad avec lecture à voix haute et une chasse aux trésors sur des applications ipad.  Les élèves se sont par exemple intéressés à la presse numérique via l’utilisation de l’Ipad alors qu’ils n’avaient pas l’habitude de lire la presse et n’en connaissaient donc pas les codes.

L’utilisation de certaines applications a permis aux élèves de (re)découvrir le plaisir de lire. Les applications utilisées pour cette expérience ont mis en avant des axes pédagogiques  importants et variés : compréhension de lecture, lecture orale, prise de parole… Par exemple, les applications Kerity la maison des contes ou Frog and ox permettent  aux élèves de découvrir la lecture de façon ludique. Ils peuvent ainsi naviguer à leur rythme dans l’histoire, demander une aide à la lecture, s’amuser avec les décors et les personnages qui s’animent au fil des pages. Les élèves ont aussi beaucoup apprécié une application de chasse au trésor où la lecture et la compréhension du texte leurs permettaient d’aller plus loin dans l’histoire pour au final trouver ce fameux trésor.

L’utilisation de la tablette semble donc être un outil intéressant sur plusieurs aspects:

-Aspect tactile : Les écrans attirent les enfants. « Tombés dedans quand ils étaient petits », ils n’ont pas cette appréhension que peuvent avoir les adultes. Ils sont curieux de découvrir ces nouveaux outils. Grâce à la tablette, l’enfant a une prise totale sur l’écran et donc sur l’activité qu’il est en train de mener. De plus, la tablette travaille aussi la motricité fine.

– Aspect cognitif : les couleurs,les images, les sons, les mouvements mettent tous les sens en éveil et créent une surprise permanente chez les plus jeunes comme chez les plus âgés.

– Aspect interactif : l’enfant est maître de l’outil, c’est lui qui va chercher l’information, les connaissances nécessaires à son apprentissage.

– Aspect éducatif : l’enfant apprend  de façon ludique. La tablette permet de découvrir et de travailler dans de nombreuses disciplines (Français, Maths, Arts plastiques…) en variant les apprentissages grâce à de multiples modes d’entrée :  éveil, lecture, jeux, dessins, quizz…

– Aspect ludique : La tablette reste un support permettant à l’enfant d’apprendre en jouant. Une méthode prônée par de nombreux pédagogues comme Winicott, Maria Montessori, plus récemment André Giordan, malgré les réticences de Célestin Freinet par exemple.

Bien sûr, de nombreux arguments négatifs remettent en question l’usage pédagogique  de la tablette : le renforcement de « l’effet zapping », le danger du wifi, le rejet des apprentissages traditionnels pourtant fondamentaux, l’appauvrissement de la mémoire ou encore la diminution des capacités de synthèse personnelle. Toutefois, la tablette semble être un support innovant plus qu’ intéressant que les enseignants doivent envisager.  Sans penser qu’elle est la solution à tous les problèmes éducatifs et pédagogiques, il nous faut découvrir ses apports, notamment pour aider des élèves en difficulté et varier les modes d’entrée dans les apprentissages.

Fabrice Cassaregio nous a conseillé différentes ressources web traitant de la lecture numérique et de l’usage des tablettes en général. En voici quelques exemples :

  • http://www.vousnousils.fr/ : un carrefour d’information et de communication au service de la communauté éducative, de la recherche et de la culture.
  • Les écrans, le cerveau et… l’enfant :  un projet thématique pour l’école primaire, permettant aux enseignants, enfants et parents d’explorer les raisons pour lesquelles les jeux vidéo, Internet et autres « écrans » sont si fascinants et captivants, tout en posant un regard scientifique élémentaire sur un « continent » généralement méconnu : le cerveau.
  • Le site internet de la BNF dédié aux enfants avec la  mise à disposition de livres numérisés.
  • Un scoop-it dédié à l’usage pédagogique des tablettes.
  • Le site www.declickids.fr qui propose une sélection pertinente et des commentaires sur des applications gratuites ou à moindre coût pour les enfants.

Pour le bilan de cette expérience, un changement de comportement a été rapidement repéré chez les élèves ayant participé à l’expérience. En effet, ils sont  repartis avec une meilleure confiance en soi, une capacité de lecture et une expression orale plus assumée. Les élèves reviennent même régulièrement à la médiathèque,  ils ont aussi créé un comité de lecture au sein de leur collège.

@jbourguet