L’école et le numérique : dans quelle mesure le numérique transforme-t-il l’école ?

Affiche des Boussoles du numériques 2013
Affiche des Boussoles du numérique 2013

Les journées des Boussoles du numérique du 11 et 12 décembre 2013 au Rocher de Palmer (Cenon) ont été l’occasion d’explorer cette problématique phare de l’institution scolaire à partir de quatre axes de réflexion : la Société, la Politique, l’Economie et la Pédagogie.

Ces quatre points en tension permanente ont été les supports d’échanges de nombreux acteurs du numérique : chercheurs, directeur de la rédaction de l’Etudiant, directeurs de centre sociaux, professeurs, chargés de missions pédagogie numérique, … En complément de ces conférences et tables rondes, des ateliers dynamiques et des démonstrations pratiques ont été proposés aux acteurs éducatifs afin de présenter des dispositifs pédagogiques innovants avec le numérique. Durant ces deux jours, deux classes médias se sont impliquées dans la création et la mise en scène de leurs productions numériques.

  • L’école inscrit dans un écosystème numérique

Suite à l’ouverture des boussoles du numérique par Michelle Laurissergues (Présidente de l’An@E) le mercredi 11 décembre au matin, les premiers intervenants ont été réunis afin de comprendre en quoi et comment l’école pourrais et/ou devrais s’inscrire dans un écosystème numérique. Selon Antoine Chotard, Responsable veille et prospective à l’AEC, l’écosystème numérique est un espace évolutif centré sur l’usager et caractérisé par une fragmentation et une granularité de connexions. Par ailleurs, le développement des objets numériques (stylos, téléphones, …) s’accompagne d’un accroissement des inégalités d’accès au numérique. Ainsi, la déconnexion de soi reste de plus en plus difficile et le monde réel se confond avec son espace numérique personnel. Antoine Chotard conclue par le fait que « si se déconnecter des médias reste possible, se déconnecter de soi est plus dur ».

Le numérique a donc une dimension fonctionnelle et culturelle qui remet en scène le processus éducatif. D’après Antoine Chotard, il est donc nécessaire que l’éducation forme non pas de simples consommateurs mais des « consomm’acteurs » critiques des objets numériques.

Emmanuel Dadidenkoff, journaliste spécialiste de l’Education et directeur de la rédaction de l’Etudiant fait le lien en indiquant que, dans le contexte d’un modèle économique mondialisé, l’éducation devient un marché lucratif pour toutes les entreprises qui investissent dans l’e-éducation. Or, le numérique envahit l’enseignement supérieur (mise en place de cours massifs en ligne, création de campus numérique, existence d’une chaire sur les jeux sérieux à Grenoble), offre un nouveau rapport au savoir et de nouveaux dispositifs pédagogiques (Formation A Distance). Dans le cadre de l’enseignement primaire et secondaire, Emmanuel Dadidenkoff souligne que les technologies de l’information et de la communication réinventent l’éducation où « les méthodes s’industrialisent pour s’orienter vers l’individualisation ». Selon lui, il est indispensable que le service public réagisse en intégrant le numérique dans son enseignement avant que le privé vienne pallier le manque.

  • L’école numérique et la prise en compte institutionnelle

On peut synthétiser cet échange par le fait que l’école est ancrée dans un écosystème numérique mouvant où les pratiques numériques se développent en classe et où l’apprentissage devient ouvert et informel. L’institution scolaire ne peut nier ce changement et a pour obligation d’accompagner le développement de ces pratiques afin de former de futurs citoyens du numérique. C’est dans cette optique que s’articule la loi de refondation de l’école. Son premier objectif est de développer des pratiques pédagogiques innovantes en fournissant des outils numériques aux enseignants et en les aidant à les mettre en œuvre en classe. Le but est de revivifier les contenus d’enseignement actuels par le numérique afin que les élèves deviennent des créateurs et des diffuseurs d’informations. D’autre part, le numérique offre la possibilité d’enseigner autrement (notamment par une pédagogie inversée, par une approche transdisciplinaire) puisqu’il modifie les conditions d’accès au savoir. Sachant que l’apport d’informations se fait autrement que par l’unique voie du professeur, celui-ci doit se repositionner et accompagner l’élève pour qu’il sache maîtriser la masse d’informations tout en construisant des compétences et connaissances.

  • Les TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education) au service d’une pédagogie innovante : la pédagogie inversée, classes inversées
Atelier pédagogie inversée (cop. JRB)
Atelier pédagogie inversée (cop. JRB)

Ce thème de réflexion a fait l’objet d’un atelier intitulé « Pédagogie inversée, classes inversées ». Trois intervenants se sont prononcés sur l’évolution du rôle pédagogique à l’heure du numérique. Jean-François Ceci, chargé de mission TICE à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, ouvre l’atelier en faisant référence à la troisième révolution cognitive exprimée par Michel Serres. Avec l’arrivée du web collaboratif, les cours dits « transmissifs » associés au support imprimé mutent pour devenir des cours interactifs en hyperconnexion, centrés sur l’élève, individualisés et où l’enseignant est un accompagnateur. Le numérique offre de nouvelles perspectives pédagogiques facilitant l’acquisition des connaissances et des compétences grâce notamment au collaboratif, à l’hybride, aux outils numériques, à l’autoformation guidée et aux classes inversées. David Bouchillon, enseignant d’histoire-géographie au collège Aliénor d’Aquitaine, met en pratique cette pédagogie afin que les élèves se ré-impliquent dans les apprentissages. La structure traditionnelle d’une séance est inversée : les exercices sont travaillés en classe et les cours (capsules vidéos de 2 à 4 minutes) à la maison. De même, Marie Soulié, enseignante au collège Daniel Argote d’Orthez applique cette méthode qui, selon elle, nécessite un grand travail de préparation pour l’enseignant mais offre des résultats très positifs : pédagogie active, tutorat, élèves favorables aux apprentissages et ouverts, peu de travail personnel pour les élèves.

  • En guise de conclusion

A l’issue des boussoles du numérique 2013, on peut dire que, dans le contexte d’une société du numérique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication ne sont pas de simples objets innovants détachés du monde éducatif. Ils communiquent par le rôle organisateur de l’information. Les scénarios pédagogiques se voient modifiés (éducation augmentée) et le numérique s’introduit progressivement dans les disciplines. De plus, le numérique offre de nouvelles entrées dans le savoir avec des logiques pédagogiques (didactisation numérique des contenus, formes d’apprentissage à distance, …). Il est donc nécessaire d’éduquer à la fois « au » et « par » le numérique pour former de futurs citoyens avertis et critiques.

Les formes numériques du savoir (cop.enseignons.be)
L’école et le développement des usages numérique (cop.enseignons.be)

Pour aller plus loin … :

– ANAE. Les boussoles du numérique [en ligne].<http://www.educavox.fr/mot/les-boussoles-du-numerique>. Consulté le 31 décembre 2013.

– MEN. Enseigner avec le numérique [en ligne]. <http://eduscol.education.fr/pid26435/enseigner-avec-le-numerique.html>.Consulté le 31 décembre 2013.

– MEN. Panorama de l’offre de services numérique [en ligne]. <http://www.education.gouv.fr/panorama-services-numeriques/>. Consulté le 31 décembre 2013.

@_lrichard_

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Quand la poésie numérique fait twitter les élèves

Lors des Boussoles du numérique, un atelier intitulé “Poésie numérique et réseau social de micro-blogging” a rapidement attiré ma curiosité pour poursuivre ma réflexion sur l’usage pédagogique des réseaux sociaux débuté l’année précédente lors des rencontres de l’an@é. Animé par Elise Chomienne (Ingenieur TICE à l’université de Bordeaux 3 et professeur à l’ESPE d’Aquitaine), l’atelier a mis en lumière un projet de liaison école-collège orchestré par Julie Blancard (professeur documentaliste, collège Nelson Mandela, Floirac) et Géraldine Margnac (professeur de Français, collège Nelson Mandela, Floirac) ainsi que Céline Souleille, professeur des écoles (Ecole élémentaire Pierre et Marie Curie, Floirac).

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Les élèves de la 6ème B du collège de Floirac appelée “classe média” participent au projet intitulé innovation-expérimentation d’éducation aux médias mené en binôme par Mme Blancard et Mme Margnac (voir en ligne sur le blog de la classe). En raison de deux heures par semaine, le projet s’articule autour de 3 axes :

  • Élaboration de reportages radiophoniques (podcasts) en partenariat avec le CLEMI Bordeaux.

  • La presse écrite. Rédaction d’un journal papier et sa version en ligne. Participation au Prix Varenne qui récompense les journaux scolaires.

  • Pratiques des médias numériques dont le micro-blogging avec une réflexion sur l’usage responsable d’Internet.

Concrètement, le projet consiste à créer du lien entre les élèves de l’école élémentaire et ceux du collège à travers une communication commune sur un réseau social préalablement choisi par les enseignants. Ainsi, les élèves échangent des haïkus, petits poèmes japonais qui se prêtent merveilleusement aux contraintes du tweet en réponse à des photographies du quartier posté par les élèves de l’école élémentaire. Les objectifs transversaux sont nombreux : liaison école/collège, appropriation du quartier (actuellement en mutation pour cause de travaux), éducation et accompagnement à l’usage des réseaux sociaux soit une maîtrise des outils et le développement d’une utilisation critique. Enfin, il s’agit aussi de “donner du sens aux apprentissages par une démarche de projet motivante”. Les objectifs disciplinaires sont aussi multiples que ce soit pour les élèves du collège mais aussi pour les plus petits : découverte des auteurs et des oeuvres, travail autour de l’imaginaire, travail autour de l’écriture et de la maîtrise de la langue française… Au niveau des compétences info-documentaires, ce projet permet notamment de valider des items du b2i (compétence 4 du socle commun de connaissances et de compétences) tels que s’approprier un environnement informatique de travail (domaine 1), adopter une attitude responsable (domaine 2) ou encore communiquer et échanger (domaine 5). En effet, la question de l’identité numérique s’est posée dès le début du projet avec la création des comptes Twitter/Babytwitt pour les collègiens et Babytwitt pour les CM1. Quelle plateforme de micro-blogging ? Utilisation d’un compte ouvert ? Choix de l’avatar ? Quel pseudo ?…De nombreux questionnements ont émergé chez les enseignants mais aussi chez les élèves. On retiendra par exemple le choix unique de babytwit pour le cycle élémentaire, un logiciel libre d’origine française permettant la protection des données postées par les élèves et aussi l’absence de publicité. Enfin, ce projet se positionne aisément dans le cadre du PACIFI (parcours de formation à la culture de l’information) sur lequel s’appuie les professeurs documentalistes. On pourrait alors citer la fiche 8 du PACIFI qui insiste sur l’éducation des élèves aux médias d’actualité autour des notions de communication, d’esprit critique ou encore de débat et cela grâce à la mise en place d’activités de production.

Ce projet innovant ouvre un peu plus la voie vers une éducation par et avec les réseaux sociaux au profit d’une culture informationnelle qui me semble plus que nécessaire dans la société 2.0. Pour ceux ou celles qui voudraient tenter l’expérience, rendez-vous sur la page Twittclasse et découvrez ceux qui ont déjà franchi le pas.

@jbourguet